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Le matérialisme dialectique

**Le matérialisme s'oppose à l'idéalisme

Au temps de la communauté primitive, les hommes n'avaient pas les moyens d'expliquer les phénomènes naturels. Ils projetaient donc sur les choses leur propre pensée. Ils personnifiaient les phénomènes et mettaient un esprit derrière chacun: l'esprit de la source; l'esprit du soleil; celui du vent, du feu, etc.

Les progrès des connaissances scientifiques va tordre le cou à bien des " esprits ". L'évolution de la pensée religieuse aboutit à des religions à dieu unique (on dit: monothéistes). Auparavant, c'était une multitude d'esprits qui créaient le récl. Désormais, c'est un esprit unique qui est à l'origine de la création de toute chose. Dans un cas comme dans l'autre, face à l'inconnu, l'individu ne cherche pas à comprendre. Il s'agenouille devant le mystère, identifié à Dieu. " Dieu l'a voulu ", " c'était écrit "... C'est une espèce de fatalisme devant notre état d'ignorance. L'attitude des matérialistes est toute autre, s'il y a des choses inconnues, il n'y a rien qui soit inconnaissable.

Ce fatalisme ne se rencontre pas seulement chez les " croyants ". Il imprègne toute la société. On entend souvent, par exemple, des gens athées dire: " c'est le destin !". Ils mettent ainsi, sans le vouloir, une volonté aux commandes du monde; ou tout du moins une programmation; un déterminisme, ce qui revient au même. Ces façons de voir, tout comme les croyances primitives et religieuses, sont des conceptions idéalistes.

Qu'est-ce que l'idéalisme ?

C'est la philosophie qui explique le monde par la " primauté " de l'esprit sur la matière. L'idéaliste prétend que les idées des hommes sont le produit de leur propre volonté. Certains philosophes sont allée très loin dans ce sens. Un évêque anglais du 17ème siècle, Berkeley, a ainsi développé une théorie selon laquelle l'univers n'existerait que par nous. Ce serait notre conscience qui créerait et recréerait le monde à chaque instant. Ce point de vue est le plus extrême de la philosophie idéaliste. On l'appelle le solipsisme. Mais, sans aller jusque là, les philosophes idéalistes pensent que la conscience est l'unique principe crésteur. Ils considèrent que les idées, en s'engendrant les unes les autres, déterminent l'histoire du monde.

Ces principes idéalistes imprègnent toute la société. Et cela, en particulier, à travers la religion; mais pas seulement. Ainsi les fonctionnaires qui confondent le règlement avec la réalité. Ainsi les juges qui croient que leurs lois sont aussi éternelle que la loi de la pesanteur. Ainsi les politiciens qui déifient la démocratie, etc.

Mais ils sont incapables d'expliquer d'où viennent ces idées; en quoi leurs lois, leurs règlements, leurs décisions etc. déterminent effectivement le cours des événements. Ils ne peuvent pas expliquer le processus de la pensée.

Et nous-mêmes ne portons-nous pas, nous aussi, ces conceptions ? Confrontés à l'éducation d'un enfant, ne cherchons-nous pas à lui donner nos idées comme on achète un vêtement prêtà-porter ? Face à notre entourage, n'avons-nous pas l'illusion de pouvoir convaincre par la seule force de ce que nous aff&Mac245;rmons ?

Les contradictions c'est la vie

Toute chose est un processus. C'est à dire qu'elle évolue. Malgré les apparences de stabilité, tout phénomène est changeant. Une étoile, un océan, un fleuve, un nuage, un être vivant, un pays, une usine, un système de production, une théorie... Tout a une naissance, un développement, puis une mort. Cette mort n'est en fait qu'une transformation en quelque chose de nouveau; en d'autres phénomènes, qui eux-mêmes auront un développement et une mort...

Deux conceptions du changement

Dans l'histoire de la connaissance humaine, il a toujours existé deux conceptions des lois du développement du monde: l'une métaphysique, l'autre dialectique.

La métaphysique considère toutes les choses comme isolées; étrangères les unes aux autres et en état de repos. Bien sûr, elle reconnâît le changement. Mais c'est seulement en tant qu'augmentation ou que diminution quantitative; ou en tant que simple déplacement. Et les causes de tels changements, elle les fait résider en dehors des phénomènes. Par exemple, elle expliquera le développement des sociétés par des forces extérieures à ces sociétés: le milieu géographique, le climat etc. Elle expliquera la chute d'une pomme par la force du vent et la loi de la pesanteur.

La méthode dialectique considère au contraire que l'évolution des choses est régie par leur dynamique interne. La pomme mûrit, tombe, puis pourrit; pour donner un nouveau pommier. Nous-mêmes, nous vieillissons et nous mourrons un jour; même si nous n'avons pas d'accident ou de maladie... parce que la mort est nécessaire à la vie. Mais enfin, ce sont bien le vent et la pesanteur qui font tomber la pomme ? ! Et bien non ! Ce sont eux qui décident du moment où elle se décroche et de l'endroit où elle atterrit sur le sol; mais pas du fait qu'elle tombe, de toute façon. La dialectique ne nie pas les forces extérieures; ni I'interaction entre tous les éléments de la réalité. Mais elle aff&Mac245;rme que ces forces agissent sur la base de la nature interne des phénomènes. Le secret d'un phénomène est à l'intérieur de lui-même.

Connaître un phénomène, c'est comprendre ses contradictions

Pour comprendre un phénomène, il faut donc examiner son architecture interne. Il faut analyser ses différents aspects. Par exemple: une société est composée de plusieurs classes; un système écologique est composé de plusieurs espèces vivantes; une réaction chimique met en œuvre divers composants... Il faut ensuite voir les rapports qui associent les différents éléments de ce phénomène, et comprendre chaque rapport comme une unité de contraires. La chaîne écologique a besoin des renards pour manger des corbeaux... et des corbeaux pour bouffer la charogne des renards. La vie n'existe que parce qu'il y a la mort.

Chaque phénomène a des contradictions particulières; on dit aussi " spécifiques ". Il est parfois diffïcile de repérer les contradictions essentielles et de comprendre comment elles s'articulent. Car elles n'ont pas toutes la même importance. Dans le tissu des contradictions qui constituent un phénomène, l'une d'entre elles joue un rôle essentiel. On l'appelle contradiction fondamentale, ou contradiction principale. C'est elle qui détermine la nature du phénomène. De même, entre les deux aspects d'une contradiction, I'un est dominant. On dit que c'est l'aspect principal de la contradiction.

Contradictions principales et contraductions secondaires

Un phénomène est donc déterminé par sa contradiction principale. Avant que cette contradiction existe, le phénomène n'existait pas. Si la contradiction disparaît, le phénomène disparaît sous sa forrne actuelle. C'est à dire qu'il se transforme en quelque chose d'autre, qui sera déterminé par une nouvelle contradiction principale.

Les autres contradictions qui parcourent le phénomène sont des contradictions secondaires. Par exemple: la contradiction cadre / salarié dans la société d'aujourd'hui; la contradiction maître / compagnon sous le féodalisme, etc. Le fait qu'une contradiction soit secondaire ne veut pas dire qu'elle est sans importance. Cela signifie simplement que son action reste dominée par le mouvement de la contradiction principale. Elle lui est subordonnce. De plus, une contradiction secondaire peut devenir principale, et une contradiction principale peut devenir secondaire. Ainsi la contradiction maître / compagnon, secondaire sous le féodalisme, s'est développée sous le capitalisme pour devenir sa contradiction principale: bourgeoisie / prolétariat. La contradiction principale du féodalisme, seigneurs / serfs, est devenue aujourd'hui secondaire sous la forme d'une contradiction aristocratie / paysannerie.

**L'aspect principal de la contradiction

Les contradictions ne sont pas seulement hiérarchisées entre elles. Chaque contradiction est constituée de deux aspects opposés. Mais ces deux aspects n'ont pas la même importance. Il y a toujours un aspect principal... et un aspect secondaire. L'aspect principal, ou dominant, constitue le facteur dirigeant de la contradiction. L'aspect secondaire, ou dominé, constitue la base de cette contradiction. Dans le couple classes dominantes / salariat aujourd'hui, c'est les classes dominantes qui est le facteur dirigeant et le salariat qui représente la base. Les deux aspects d'une contradiction, sous certaines conditions, peuvent inverser leurs rôles. Ainsi le salariés peuvent devenir dominant... à l'occasion d'une révolution.

**L'unité et la lutte au sein de la contradiction

Pour qu'un phénomène existe, il faut que les deux aspects de sa contradiction principale coexistent durablement. C'est cette coexistence qui fait la stabilité relative du phénomène. Cette coexistence, cette unité des deux aspects, s'établit à travers une lutte entre eux; à travers leur opposition permanente. C'est cela qu'on appelle l'unité des contraires.

Prenons la société capitaliste: là où il y a exploitation, il y a lutte. Et c'est pourtant à travers l'exploitation du prolétariat que le capital, et donc la bourgeoisie, se développent. En retour, ce développement accroît l'importance du prolétariat dans la société...

Dans le processus de développement d'un phénomène, chacun des deux aspects d'une contradiction suppose l'existence de l'autre aspect, qui est son contraire. Et c'est à travers leur lutte permanente que se maintient leur unité.

A l'intérieur de chaque phénomène, dans le couple dialectique " unité/lutte ", l'unité est I'aspect principal. En effet, sans une domination relative de l'unité, il n'y aurait pas d'objet stable s'offrant à l'examen. Nous-mêmes, nous n'existerions pas. Mais rien n'est éternel. C'est à dire qu'aucune chose n'est gelée durablement dans son état. L'unité est conditionnée, temporaire, passagère, relative... La lutte des contraires est absolue. Et cette lutte des contraires, au niveau de la contradiction principale qui caractérise un phénomène, le fait évoluer vers sa fin: vers l'antagonisme.

**L'antagonisme

L'antagonisme est l'une des formes que prend la lutte des contraires. C'est l'état de conflit ouvert qui apparaît dans certaines conditions.

La contradiction principale d'un phénomène s'accentue au cours de son développement et tend inévitablement à devenir antagonique. Mais l'antagonisme n'est pas un caractère permanent de la contradiction; ni un caractère qu'aura obligatoirement toute contradiction au cours de son existence.

**Changement progressif et changement pas bond

Certains savants considèrent que "la nature ne fait pas de sauts". Ce sont des adeptes du "gradualisme". Les politiciens bourgeois sont gradualistes. Ils voient la société comme avançant régulièrement vers un progrès infïni. C'est ce qui fonde les positions politiques des réformistes.

En fait, pas besoin d'être grand sorcier pour observer ces sauts de la nature. Un homme meurt; un astre explose dans le ciel; la terre tremble subitement... Mais qu'est-ce qui fonde ces événements ? C'est que, tout au long de sa période de stabilité apparente, le phénomène a connu des changements mineurs, imperceptibles parfois. Il s'est modifié; mais les changements n'ont été que quantitatifs. Ce sont les toxines qui s'accumulent dans un organisme. C'est l'hydrogène d'une étoile qui s'épuise. Ce sont les tensions qui s'accumulent dans les profondeurs de la terre en un point donné... Arrivé à un certain stade d'accumulation quantitative, un changement qualitatif s'opère, qui fait l'événement. Cet événement correspond à la modification brutale ou à la disparition d'un phénomène. Il peut s'agir d'une contradiction principale, qui devient antagonique, puis disparâît. Il peut s'agir d'une contradiction secondaire qui devient principale; ou de l'aspect principal qui se déplace sur I'autre terme au sein d'une contradiction...

**Conclusion

Le matérialisme dialectique est donc une méthode d'investigation de la réalité. C'est un guide pour l'action, qui permet d'aborder, de comprendre et de résoudre les problèmes que nous rencontrons.