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L'internationale

L'Internationale est le plus célèbre des chants révolutionnaires. En juin 1871, en prison, où l'avait jeté l'échec de la Commune de Paris, Eugène Pottier écrivit un poème intitulé l'Internationale. Pottier, chansonnier et ouvrier, proudhonien de tempérament, avait été membre du Conseil de la Commune. Loin de se laisser aller à un désespoir de vaincu, Pottier, persuadé qu'on ne peut enterrer l'avenir lance l'appel qui va bouleverser le Monde : Debout les damnés de la terre ! Son poème, publié en 1887 dans un recueil intitulé Chants révolutionnaires, était dédié à Gustave Lefrançais, membre de la Commune. Un an plus tard, la section lilloise du parti ouvrier français demanda à l'ouvrier modeleur sur bois Pierre Degeyter de mettre en musique un poème de Pottier. En effet, dans le nord de la France, les chansons avaient une grande importance pour les militants socialistes. Mais il fallut attendre plus de dix ans pour que l'Internationale fût chantée hors des milieux guesdistes.

Intégrant toutes les composantes de la conscience de classe, correspondant aux caractéristiques fondamentales du mouvement ouvrier français (défiance à l'égard des intellectuels, des militants issus de la bourgeoisie, des partis politiques, croyance en la nécessaire libération des prolétaires par eux-mêmes), mettant l'accent sur l'alliance des ouvriers et des paysans et sur la solidarité internationale chère au marxisme, l'Internationale connut un rapide succès. Cet «hymne du prolétariat mondial», comme l'écrivait la Pravda en 1913, devint celui de toutes les Internationales.

À l'époque de la IIe Internationale, il fut chanté pour la première fois au congrès de Copenhague en 1910.

Mélodie

Debout ! les damnés de la terre
Debout ! les forçats de la faim
La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin
Du passé faisons table rase
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Refrain
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni dieu, ni césar, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer quand il est chaud !

L’Etat opprime et la loi triche ;
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
« Egaux, pas de devoirs sans droits ! »

Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous saoulaient de fumées.
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.

Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L'oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !