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Héros et héroïnes du mouvement communiste suisse du 20ème siècle

ANDERFUHREN Hans (1893-1973) - Serrurier, il participa à la grève générale de 1918. Membre du Parti socialiste zurichois, il en fut exclu avec Ernst Walter en 1934 et devint membre du PCS. Il fut condamné à dix mois de prison lors du procès intenté en 1938 aux dirigeants du PCS pour avoir organisé «un centre de recrutement» des combattants suisses en faveur des Brigades internationales pour l'Espagne républicaine et également emprisonné pendant la période des «interdictions communistes » de la Seconde Guerre mondiale. Membre fondateur du PST, Hans Anderfuhren fut élu au comité central lors du congrès de 1944. Il démissionna du PST en 1956, puis adhéra au Sozialistischer Arbeiterbund et à la fin de sa vie à la LMR.

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ARNOLD Emil (1897-1974) - Fils de Wilhelm Arnold, vétéran du mouvement socialiste bâlois, Emil Arnold entra en 1912 dans la Jeunesse socialiste et en devint un des principaux dirigeants. A l'aile gauche du mouvement socialiste, il fut l'un des activistes de la grève générale de 1918, arrêté et condamné. Partisan de l'adhésion du PSS à la IIIe Internationale, il fut l'un des fondateurs du PCS, dont il devint membre des instances centrales de 1921 à 1943 ainsi que de celles du Parti suisse du Travail, de sa fondation à 1956. « Que ce soit dans les parlements ou au sein du parti et de la rédaction de Vorwärts, à laquelle il appartint dès 1926, il ne prenait guère de gants pour défendre ses arguments et se complaisait dans la polémique ». Député au Grand Conseil bâlois de 1923 à 1956, avec comme seul interruption la période des « interdictions communistes », de 1940 à 1944, et conseiller national de 1932 à 1934 et de 1951 à 1953 (mandat interrompu par sa condamnation de 1953), il représenta également le PCS puis le PdT dans le Conseil de la Société bâloise des coopératives de consommation. En 1956, à la suite des révélations du XXe congrès du PCUS, il démissionna du PST et se retira de la vie politique.

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BAEHLER Georges (1895-1982) - « Originaire du Jura, il émigra en France, Syrie puis au Maroc. A l'époque du Front populaire, il commença à analyser, avec la précision acquise dans sa profession d'ingénieur et la passion suscitée par un engagement politique conscient les structures et interconnexions de l'économie et de la politique. C'est aini que sous le pseudonyme de Lenoir, il disséqua les 200 familles francaises. Après son retour en Suisse pendant la guerre, c'est sous le nom de Pollux et au moyen d'un livre conme Trusts en Suisse et d'une demi-douzaine d'autres publications, qu'il s'en prit aux familes dominantes de la diplomatie, de l'industrie, des banques et des assurances helvétiques, à la grande fureur de la Neue Zurcher Zeitung. En 1950, après un nouveau séjour en Suisse,Bähler-Lenoir-Pollux s'installa en RDA où il poursuivit son activité scientifique et militante » (article nécrologique publié in VO hebdomadaire du 3.06.1982).

BAMATTER Siegfried (1892-1966) - D'origine bâloise, il fut l'un des activistes de la Jeunesse socialiste suisse d'avant la Première Guerre mondiale; époque à laquelle il travailla au secrétariat de l'Internationale de la Jeunesse socialiste avec Willi Münzenberg; organisation devenue, dès 1920, Internationale communiste des jeunes (ICJ). Très doué pour les langues, il remplit, dès les années vingt, diverses missions en Europe pour le Komintern et devint, en 1924, fonctionnaire de 1'IC au département de l'organisation et de l'information. Renvoyé en Suisse en 1929 pour reprendre la direction du PCS, il est déjà démis de cette fonction en 1931. Après son rappel à Moscou, il est envoyé en Espagne en 1932, pour une mission restée obscure. Il acquiert la nationalité soviétique en 1936, traverse sans encombre les purges staliniennes et devient speaker de langue allemande à la radio de Moscou, où il décède en 1966.

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BLOCH Rosa (1880-1922) - Bijoutière de profession, membre du comité directeur du PSS avant 1919 et présidente de 1'Association des femmes, Rosa Bloch, partisane de la gauche socialiste et de l'adhésion à la IIIe Internationale, sera membre fondateur du PCS auquel elle fut élue au premier comité central. Elle décéda des suites d'une opération.

BOBST Hermann (1886-1961) - Né à Sissach, dans le canton de Bâle-campagne, ayant fait un apprentissage de typographe, Hermann Bobst fut un des membres dirigeants du groupe Forderung de Jakob Herzog puis du parti dit des vieux-communistes et membre fondateur du PCS en 1921. En 1913, il est élu secrétaire central de la Fédération des travailleurs du vêtement et du cuir, qui est exclue de l'USS en 1930. En 1922, Hermann Bobst devint aussi rédacteur du Kämpfer à Zurich, non sans contestations . Bien que tenant d'une « ligne dure », il se fera cependant le critique du tournant de1929 et finira par être exclu du PCS en 1932. Il réadhéra ensuite au Parti socialiste, dont il fut également exclu, avant de devenir membre du groupe trotskiste Proletarische Aktion en 1945.

BRUGGMANN Hans (1892-1984) - Né à Amriswil (TG), orphelin de père à huit ans, Hans Bruggmann bénéficia d'une formation d'employé de commerce, puis travailla dans diverses professions. Membre fondateur du parti dit des vieux-communistes, il s'occupa de la rédaction et de 1'administration du journal Kommunist puis devint secrétaire du syndicat FTCP. Il fut, en 1930/1931, courrier aux annonces de l'organe du PC zurichois Der Kämpfer, puis responsable du Secours ouvrier international, puis de l'Unionsdruckerei et, enfin, d'un service d'accueil aux combattants «démobilisés» des Brigades internationales à Paris. Resté membre du PCS jusqu'en 1943, il ne s'engagea pas au PST, dont il fut cependant un sympathisant jusqu'en 1969; date à laquelle il s'en dissocia publiquement, par sympathie maoïste.

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BRUPBACHER Fritz (1874-1945) - Celui qui avait intitulé son autobiographie Sechzig Jahre Ketzer (Hérétique pendant soixante ans), était né dans une bonne famille bourgeoise et fit des études de médecine. Mais, par réaction contre ce milieu, il devint «socialiste libertaire», puis, après avoir ouvert un cabinet et exercé dans un quartier populaire de Zurich où il entra en contact avec la classe ouvrière, «communiste anarchiste»; jouant un rôle d'éducateur et de catalyseur pour les jeunes gens qui formèrent en 1917 à Zurich le groupe Forderung, puis le premier parti dit des vieux-communistes. Adhérent au PCS dès sa fondation, il en devint l'une des figures de proue, bien qu'étant resté non conformiste par rapport aux canons du bolchevisme kominternien. Rapidement, des tensions surgirent avec les dirigeants et militants communistes du rang, qui se marquèrent particulièrement lorsqu'il prit la défense de Trotski (dont il ne connaissait à vrai dire même pas, comme les autres communistes suisses, les options politiques) et s'éleva contre les méthodes avec lesquelles on avait réprimé les opposants à Staline en URSS. Naturellement, à la suite du tournant stalinien sectaire de 1929/1930, Brupbacher fut à nouveau mis sur la sellette et accusé d'opportunisme de droite; mais il ne sera finalement exclu du parti qu'en 1933. Il se retira ensuite dans la sphère privée et l'isolement politique, non sans poursuivre le combat qu'il avait entrepris en faveur du contrôle des naissances et la réforme de la sexualité et en continuant à avoir de nombreux contacts personnels avec des amis anarchistes ou syndicalistes.

BUESS Werner (1927?-1991) - Après avoir fait un apprentissage de menuisier, Werner Buess acquit une formation commerciale. Il s'engagea très jeune dans l'association du sport ouvrier (SATUS) et devint membre du PdT bâlois en 1948. «Cet homme sociable et populaire s'engagea également dans de nombreuses associations d'intérêts du «petit Bâle» et représenta le PdT au Grand Conseil bâlois de 1968 à 1987». En 1987, il fut également élu au Conseil bourgeoisial. Membre du CC du PST de 1974 à 1988, il resta fidèle à 1'ancienne section du PdT bâlois, exclue à cette dernière date du PST (Selon l'article nécrologique publié in Argumente 1/91, journal du PdA-1944 de Bâle).

COCCHI Romano (1893-1944) - Né à Anzola dell'Emilia, ex-séminariste, il adhéra au PCI en 1924. Journaliste à L'Unita, il est condamné en 1927 pour propagande antifasciste. Réfugié en Suisse, il dirigera l'organe de langue italienne du PCS, Falce e Martello et est élu membre du CC du PCS. Après le cinquième congrès du PCS (1930), il devint membre du BP et, en 1931, du secrétariat et responsable des groupes communistes de langue italienne. Il est expulsé de Suisse vers la France, en 1933. Il est exclu du PCI en 1939, après le Pacte germano-soviétique. Engagé dans la résistance, il est arrêté par la Gestapo en 1943 et déporté à Buchenwald, où il meurt en 1944. Il milita en Suisse sous les pseudonymes de Adami, Gremling, Giorgio.

DAVIET Jules (1887-1944) - Ouvrier du bâtiment, expulsé de France à la fin de la Première Guerre mondiale, Jules Daviet devint membre du Parti communiste genevois dès les années vingt. Il sera blessé lors des événements du 9 novembre 1932. Auréolé de la gloire du martyr, il est présenté comme candidat du groupusculaire PC genevois à l'élection de 1933 au Conseil des Etats, en recueillant un nombre infime de voix et en faisant échouer le candidat socialiste. Après cette mésaventure, il n'a plus joué de rôle politique et est mort dans la misère.

EVARD William (1892-1973) - Militant communiste de La Chaux-de-Fonds impliqué dans les procès de 1934 et de 1937 (?), selon la notice biographique d'Humbert-Droz, il fut le rédacteur du Journal des chômeurs, organe de l'OSR, dans les années trente, et vira au maoïsme dans les années soixante.

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FARNER Konrad (1903-1974) - Né à Lucerne, originaire de Oberstammheim, dans une famille bourgeoise, Konrad Farner fit ses études en Allemagne - de littérature, d'histoire de l'art, de philosophie et d'économie publique - mais dût les interrompre pour raisons financières. La Première Guerre mondiale, la lecture d'Henri Barbusse et de Romain Rolland incitèrent ce jeune étudiant à se rallier au marxisme et à adhérer au PCS en 1923 déjà. Exerçant ensuite diverses activités (libraire, organisateur d'expositions, collaborateur de musées) il fut surtout écrivain et historien indépendant et publia plusieurs essais sur l'histoire de l'art et la littérature et des «biographies marxistes» de peintres ou illustrateurs comme Fernand Hodler et Gustave Doré. Il s'intéressa également beaucoup aux rapports entre marxisme et christianisme. Membre du PST dès sa fondation, il fut en butte en 1956 et avec sa famille à ce qu'on a pu appeler à juste titre «le pogrom de Thalwil» au moment des événements de Hongrie et pendant des années durant, car on le qualifia, dans la presse bourgeoise, d'idéologue en chef du PST, étant donné son activité de formateur au sein des sections suisse-alémaniques du PST, pour lesquelles il organisa et anima plusieurs cours et séminaires. Cependant, Farner, bien que membre du CC, n'était guère un représentant fidèle de la ligne politique du parti, qu'il quitta d'ailleurs en 1969 sur la base de positions maoïstes en poursuivant ses recherches sur le marxisme et le christianisme et en pouvant enfin obtenir, au soir de sa vie, quelques heures d'enseignement aux facultés de théologie et de philosophie de l'Université de Zurich.

FAUSCH Jakob (1884-1982) - Originaire de Männersdorf (ZH) Jakob Fausch devint employé postal en 1901. Membre du PCS dès 1921, il fut licencié des PTT en 1930 «pour activités communistes». De 1923 à 1926, il fut député au Grand Conseil zurichois et élu en 1931, pour une seule législature, au Conseil communal de la ville de Zurich. Dès la fin des années vingt, il fit partie du secrétariat de la section cantonale zurichoise du PCS et, après son licenciement des PTT, occupa divers postes permanents au sein du parti, de sa presse ou d'organisation proches, tout en devant subir aussi des périodes de chômage. Membre du PST dès sa fondation, il en démissionna en 1953, sans doute après avoir appris quel fut le destin de sa fille Elsa, emprisonnce au Goulag soviétique dans la période des purges des années trente et qu'il ne put revoir qu'en 1954.

FURST Henri (1894-1932) - Né à Stäfa (ZH) dans une famille aisée, Henri (en réalité Heinrich) Fürst devint mécanicien, militant syndicaliste et membre du PCS dès les années vingt. Il fut le président de la section genevoise et membre du CC et l'une des victimes des événements du 9 novembre 1932.

GRIMM Rosa (1875-1955) - Russe d'origine juive, Rosa Grimm, née Schlain, épousa en 1908 le socialiste suisse Robert Grimm, qui allait devenir le leader de la grève générale de 1918. Séparée maritalement et politiquement de son mari pendant la Première Guerre mondiale, elle fut l'une des fondatrices et premières dirigeantes du PCS et collaboratrice du Basler Vorwärts. Son action féministe d'avant-garde et ses divergences avec le tournant de la bolchevisation des partis communistes en 1924-1925, puis du conflit avec Trotski et l'opposition dite unifiée au sein du Parti russe, l'amenèrent cependant à rompre avec le PCS et à émigrer en Allemagne. De retour en Suisse en 1932, elle ne joua plus de rôle politique actif depuis cette date.

GRUEBLER Heinrich (1897-?) - Membre du PCS, rédacteur au Kämpfer puis à Freiheit (respectivement journal communiste zurichois puis unifié du PCS en Suisse alémanique), collaborateur de la presse communiste illégale pendant la période des interdictions, il est élu membre du comité directeur au premier congrès du PST puis membre du comité central jusqu'en 1949. Solidaire avec Otto Brunner et Max Meier, il est également exclu du PST en 1951.

HERZOG Jakob ou Joggi (1892-1931) - Entré en 1912 à la Jeunesse libre, devenue Jeunesse socialiste, Jakob ou Joggi Herzog, influencé par l'anarcho-communiste Brupbacher, va devenir le fondateur d'un premier parti communiste suisse en 1918, surnommé plus tard, pour le différencier du PCS, créé en 1921, le parti des «vieux-communistes» (Altkommunisten). Rejoignant les membres de la gauche socialiste pour fonder le PCS, Herzog en deviendra l'un des dirigeants, sans cependant jamais revêtir un mandat parlementaire, prétérant militer dans 1'«action directe»; en devenant, par exemple, le chef de la Garde ouvrière. Il mourra tôt, dans un accident de la circulation. (voir aussi tome I p. 39-40, 94-96). (Selon des études personnelles).

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MEYER Hannes (1889-1954) - Originaire d'une famille où l'on était architecte de père en fils, Hannes Meyer suivra la tradition familiale, tout en ayant, au préalable, effectué une formation de menuisier, maçon et dessinateur-architecte. Ce sera la vie sur les chantiers qui lui fera prendre conscience de la condition du prolétariat, avant d'aller suivre des cours d'urbanisme à Berlin et d'étudier sur place les cités jardins et les coopératives d'habitation anglaises en 1912 et 1913. Dès les années vingt, Hannes Meyer précise sa conception «fonctionnelle, collectiviste et constructiviste de l'architecture» qu'il ira enseigner au Bauhaus de Dessau avant de partir en URSS, où il est appelé à exercer de hautes responsabilités dans le domaine des constructions et de l'enseignement de l'architecture. Rentré en Suisse en 1936 à la suite de la vague de suspicion qui s'abat sur les spécialistes étrangers à I'époque des grandes purges staliniennes, il ne peut y trouver sa place et émigre à nouveau au Mexique. Il ne reviendra en Suisse qu'en 1949, sans avoir abdiqué de ses convictions communistes.

MIEVILLE Marceline (1921-?) - Fille de R. Cordonne, professeur et homme de gauche, Marceline Miéville (redevenue Cordonne après son divorce) devint médecin dentiste. Elle fut la candidate du POP vaudois pour l'élection au Conseil des Etats de 1959 et fut ainsi une des premières femmes à être présentée à une élection, peu de temps après l'acceptation du suffrage féminin dans le canton de Vaud. Elle démissionna du POP en 1969 et adhéra à la LMR, dont elle fut la candidate aux élections du Conseil national de 1975 et 1979.

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MUNZENBERG Willi (1889-1940) - Jeune ouvrier, originaire d'Erfurt, militant de l'organisation des jeunes sociaux-démocrates allemands. Il arrive à Zurich en 1910 à l'âge de 21 ans. Extrêmement doué en matière d'agitation et d'organisation, il va faire de Zurich un foyer contestataire, qui donnera de sérieuses inquiétudes au Conseil fédéral et à l'état-major de l'armée pendant le conflit 1914-18. Après son séjour en Suisse, Willi Münzenberg reprit une activité politique intense en Allemagne et participa au 2e congrès de la lIle Internationale. En 1921, dans le cadre de la campagne internationale d'aide è la Russie soviétique, frappée par la famine, Münzenberg créa un "Auslandskomitee zur Organisierung der Arbeiterhilfe für die Hungernden in Russland", qui réussit à faire parvenir une aide importante, avec le concours de milieux très larges, pas seulement de gauche. Ce sera d'ailleurs une spécialité de Münzenberg de réussir à créer plusieurs comités internationaux de soutien ou de défense dont l'un des piliers fut "Le secours ouvrier international" (Internationale Arbeiterhilfe / IAH), qui joua également un rôle important en Suisse. Ce qui caractérisait aussi Münzenberg, outre l'art et l'ingéniosité dont il faisait preuve dans ses activités, c'est sa compréhension de l'importance des moyens de communications, modernes pour I'époque, qu'étaient l'image et le cinéma. C'est ainsi qu' il lança "L'Arbeiterillustrierte Zeitung" (AIZ) en 1921, le plus grand hebdomadaire illustré ouvrier des années 1920-30. Il créa également de nombreuses entreprises (pour la gestion des fonds de solidarité, pour la diffusion de films, pour l'édition de livres et d'autres journaux), à tel point que l'on parla bientôt du "trust Münzenberg". Cette activité se déployait avec le concours de grands artistes ou vedettes, que Münzenberg savait rallier à ses causes et qui n'avaient pas l'impression d'être les porte-parole d'une idée politique, alors que toute ces manifestations étaient d'un apport considérable pour le Parti communiste allemand (KPD) et I'Internationale communiste (IC). Naturellement, la position et l'activisme hors-pair de Münzenberg ne pouvaient aller sans réactions violentes des adversaires politiques, ni jalousie ou irritation de ses coreligionnaires, d'autant plus que le statut des organismes qu'il avait édifié le soustrayait au contrôle direct du KPD et de l'IC. Très habilement, Münzenberg, qui se tenait à l'écart des luttes politiques internes du KPD et de l'IC, parvint à maintenir son esquif au milieu de toutes les tempêtes politiques et à fuir l'Allemagne à temps lors de la prise du pouvoir par Hitler. Il continua une intense activité de propagande depuis la France, qui donna beaucoup de soucis à la Gestapo. (Que l'on songe à l'organisation de la défense de Dimitrov au procès de Leipzig, à la publication du Livre brun sur les méfaits du nazisme, largement diffusé dans le monde. Mais en 1936, au moment des procès de Moscou, Münzenberg prit ses distances avec le mouvement communiste et fut exclu du KPD en 1937. C'est cependant seulement le 10 mars 1939 qu'il publia une déclaration disant que s'il rompait avec les appareils du KPD et de l'IC, il ne voulait pas se séparer du communisme et des milliers de militants sincères, ni cesser de combattre le fascisme. Lors du début de la Seconde Guerre mondiale, il fut intemé comme des milliers de réfugiés allemands en France. Pendant I'exode de mai-juin 1940, les internés furent transférés dans le sud et depuis là, on perd la trace de Münzenberg. On retrouva son cadavre, pendu à un arbre, à Saint-Marcellin, dans l'lsère, le 22 octobre 1940. La raison exacte de son décès reste aujourd'hui encore un mystère: suicide ou assassinat? (Et si oui par qui? Crime crapuleux ou meurtre de la Gestapo ou d'agents de Staline?) .

PLATTEN Fritz (1883-1942) - Celui qui fut certainement le socialiste et révolutionnaire suisse le plus connu et le plus respecté de l'avant Première Guerre mondiale et de I'époque consécutive et dont le destin tragique ne fut exactement connu qu'à la fin des années quatre-vingts, était le fils d'un ouvrier allemand naturalisé suisse et d'une fille de paysans thurgoviens. Ayant entrepris un apprentissage de serrurier dans une grande entreprise de la métallurgie zurichoise, il entra en contact avec le mouvement ouvrier et socialiste ainsi qu'avec beaucoup de révolutionnaires étrangers de passage à Zurich. C'est ainsi, lorsqu'éclata la première révolution russe de 1905, que ce jeune homme passionné et romantique de 23 ans se rendit à Riga «pour vaincre ou mourir aux côtés des sociaux-démocrates lettons». Arrêté et emprisonné pendant neuf mois, il parvint à s'enfuir de Riga, grâce à une campagne de solidarité organisée par ses amis suisses. De retour à Zurich après un voyage de retour périlleux et clandestin, il est auréolé de la gloire du martyr et devient une figure dirigeante du mouvement ouvrier socialiste zurichois et suisse et, malgré son jeune âge, sera l'un des dirigeants de la grève générale qui paralyse la ville de Zurich pendant quelques jours, en 1912. Au sein du PSS, il se rangea à l'aile gauche, organisa le voyage de retour de Lénine depuis la Suisse en avril 1917 dans le fameux «wagon plombé» et devient l'un des leaders de la grève générale suisse de 1918, avant d'être le principal porte-parole des partisans suisses de l'adhésion à la IlIe Internationale, dont il participa individuellement au premier congrès de 1919, à l'invitation spéciale de Lénine; lequel avait une double dette de reconnaissance à son égard, puisque Platten l'avait également sauvé lors de l'attentat dont il avait été victime en janvier 1918. Principal fondateur et dirigeant du PCS unifié de 1921, Platten, en raison de ses divergences avec d'autres dirigeants et notamment les militants qui provenaient des «vieux communistes», préféra quitter ses responsabilités et la Suisse pour se rendre dans la Russie révolutionnaire avec une cinquantaine d'autres Suisses, afin d'y créer et animer une coopérative agricole dans la commune de Nova Lada. L'expérience fut un échec et la colonie suisse fut ensuite déplacée dans la commune de Vaskino, où la coopérative put prendre un certain essor. Cependant, dès 1931, Platten se trouva plus souvent à Moscou, où il enseignera à l'Institut des langues étrangères en acquérant une grande notoriété et sympathie et en entretenant d'étroits rapports avec les communistes suisses de passage, qui le priaient instamment de revenir en Suisse, mais sans succès. En 1927/1928, il émit des doutes feutrés sur les méthodes staliniennes à l'encontre de Trotski et, dans les années trente, il est pris dans la tourmente des purges. Arrêté une première fois en 1936 puis libéré (alors que sa compagne Berta Zimmermann est maintenue en détention et fusillée en 1937), il est à nouveau incarcéré en 1938, sans que l'on puisse savoir ce qui lui était advenu. Ce n'est qu'en 1956, après le XXe congrès du PCUS et le rapport secret de Khrouchtchev, que l'on apprit enfin qu'il avait été faussement condamné, comme espion polonais et allemand et parce qu'il était en possession illégale d'une arme (un vieux revolver que lui avait donné Lénine pour le remercier de sa protection lors de l'attentat de 1918!) et qu'il était décédé de maladie en 1942 (Alors que, lors de la venue d'une première délégation suisse en URSS après la Seconde Guerre mondiale, en 1950, on avait assuré à ces membres de Suisse-URSS, que Fritz Platten était toujours vivant, mais assigné à résidence dans un village à 60 km de Moscou et qu'on ne pouvait le voir; cette légende lénifiante étant rapportée par les participants à la délégation à leur retour en Suisse!). En 1983, grâce aux recherches et contacts de l'historien suisse Urs Rauber avec Olga Svenziskaya, mère d'une des élèves de Platten à Moscou, on put connaître, grâce à la publication des lettres qu'il envoya à son amie, comment se déroulèrent les dernières années de la vie de Fritz Platten, déporté dans les camps de Njandoma puis de Lipovo (près d'Arkhangelsk). Mais ce n'est qu'en 1989, au temps de la Glasnost et par une communication de son fils ainé Georg, qui avait émigré avec lui en 1923 en URSS, qu'on put apprendre l'entière et amère vérité: Fritz Platten ne mourût pas de maladie, mais fut fusillé à la date indiquée pour son décès, par ordre supérieur!

POINTET Georges-Henri (1908-1944) - Licencié en lettres et lieutenant de l'armée suisse, Georges-Henri Pointet fut privé de son commandement pour avoir soutenu la candidature du socialiste et antimilitariste Graber en 1933. Ne trouvant plus d'emploi en Suisse, il émigra en Egypte mais revenait souvent en Suisse; où il était animateur du Front antifasciste. En 1939, en compagnie de son ami André Corswant, il est exclu du parti socialiste neuchâtelois et adhère au Parti communiste interdit. Pendant la guerre il s'engagea dans les Forces françaises libres et fut tué lors des combats du débarquement de Provence, en été 1944.

RUEGG Paul (1898-?) - Né et ayant vécu à Zurich, Paul Emil Ruegg fit un apprentissage de menuisier et devint membre de la Jeunesse socialiste dirigée par Wolli Münzenberg. Voyageant comme courrier du Komintern en 1919 et 1920, en Autriche, en France et en Allemagne, il est élu membre de la Centrale du PCS dès 1921 et, en 1922, administrateur du Vorwärts. En 1924, il se rend à 1'Université des minorités occidentales à Moscou. Mais, à la même époque, il est exclu du PCS pour abus de confiance. Paul Ruegg reste cependant en URSS avec sa femme Gertrud et leur trace se perd en 1937, après 1'arrestation de Paul, dans le cadre des grandes purges staliniennes. Le couple fut également indirectement lié à l'affaire des émissaires soviétiques arrêtés en Chine en 1931, qui avaient utilisé leurs noms et leurs passeports suisses comme couverture.

STRUB Walter (1882-1938) - Fils d'un dirigeant socialiste bâlois au XIXe siècle, Walter Strub avait étudié l'astronomie et la météorologie. En 1910, à 1'âge de 28 ans, il est nommé inspecteur bâlois de l'industrie, chargé de surveiller l'application de la loi suisse sur les fabriques et les règlements cantonaux. Ce jeune socialiste, qui était déjà président de l'Union ouvrière, prédécesseur du cartel syndical, sera l'un des co-fondateurs du PCS en 1921, auquel il resta fidèle, malgré les chicanes que lui valait cette appartenance politique pour l'exercice de ses fonctions publiques. Dans son occupation professionnelle et comme député du PC au Grand Conseil bâlois, il donna une impulsion décisive à l'adoption de la première loi cantonale sur les vacances payées et pour la limitation des heures d'ouverture des magasins ainsi qu'en faveur de mesures visant à la formation et à la protection des apprentis. Devenu l'une des figures de proue du PC bâlois, il sera envisagé comme candidat éventuel à une élection au Conseil d'Etat bâlois pour les élections de 1938, au cas où une entente n'aurait pu se faire avec le PS pour maintenir le gouvernement «rouge» au pouvoir depuis 1935. Mais, peu de temps après ces élections, Walter Strub mourût de matière prématurée.

THALMANN Paul (1901-1980) - Militant de la Jeunesse socialiste pendant et dans l'immédiat après Première Guerre mondiale, Paul Thalmann sera également l'un des adhérents de la première heure du PCS. De 1925 à 1928, il étudiera à 1'Université des minorités occidentales à Moscou avec Hermann Erb et Ernst Illi; un séjour qui semble avoir été pour eux une expérience traumatisante. En 1929, après son retour en Suisse, où il travaille quelque temps à la rédaction du Basler Vorwärts et en raison de ses désaccords politiques, Paul Thalmann est exclu du PCS et devient un activiste du KPO, formé par les dissidents communistes schaffhousois. Il se lie ensuite avec les groupes trotskistes qui se forment à Bâle et à Zurich. En 1936, il part, avec sa compagne, dans l'Espagne en proie à la guerre civile et s'engage dans une milice anarchiste. Arrêté à Barcelone après le putsch anarchiste, il peut être libéré grâce à la campagne menée par le journal socialiste bâlois dont il est le correspondant et sur l'intervention du consul de Suisse. Il s'établit ensuite en France où il passe la guerre à Paris, en aidant des réfugiés antifascistes allemands, puis s'installe à Nice pour y gérer un Guesthouse et écrire ses Mémoires; qui seront publiées dans les années septante dans deux éditions et sous deux titres différents: Revolution für die Freiheit et Wo die Freiheit stirbt.

TOBLER Max (1876-1929) - Né dans une famille bourgeoise de St.-Gall, Max Tobler entreprit des études en zoologie à Genève, travailla ensuite à l'institut zoologique de Naples, comme assistant à l'Université de Giessen puis enseigna en Angleterre. Ayant connu le docteur et savant Auguste Forel, Fritz Brupbacher, et par ses lectures des œuvres de Tolstoï et du Capital de Marx, il s'intéressa aux problèmes sociaux et politiques. De retour en Suisse en 1903, il adhéra au Parti socialiste suisse, fut l'un des fondateurs de la Ligue antimilitariste suisse et président de 1'Union ouvrière de Zurich, dès 1904. En 1913, il épousa la jeune médecin Minna Christinger, qui deviendra plus tard rédactrice des revues féminines du PS, puis du PCS. Membre du cercle de discussion du Schwänli animé par Brupbacher, Max Tobler et sa femme adhèrent au PCS dès sa fondation. En 1927-1928, au moment de l'exclusion de Trotski du PCUS, Max et Minna Tobler critiquèrent avec Bruphacher les méthodes staliniennes, mais sans se désolidariser du PCS, dont Max Tobler resta membre jusqu'à son décès prématuré.

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TROSTEL Willi (1894-1942) - Originaire de Heimschein, en Allemagne, naturalisé zurichois, typographe de formation, Willi Trostel fut un des membres dirigeants de la Jeunesse socialiste suisse pendant la Première Guerre mondiale et adhéra au PCS dès sa fondation. En 1923, il reprit un poste de rédacteur au Kämpfer tout en assumant, dès la même époque, la direction du Secours rouge suisse (SR). Dès les années trente, il participa également à différents organismes exécutifs du PCS comme responsable du SR et fut nommé administrateur de l'agence de presse du Komintern RUNA jusqu'à sa fermeture. Elu au Grand Conseil zurichois en 1917 sur une liste socialiste, il y siégera comme député communiste de 1923 à 1926, de 1929 à 1935 et à nouveau de 1939 à l'interdiction du PCS à fin 1940. Avec sa femme Käthe, il avait recueilli et élevé le deuxième fils de Fritz Platten, Fritz Niklaus, après l'émigration de son père en URSS, en 1923.

WELTI Franz (1879-1934) - Originaire de Zurzach (AG), cet avocat d'origine bourgeoise, neveu du conseiller fédéral Emil Welti, devint jeune radical puis socialiste et président de la section de Bâle-ville du PS en 1918. Se situant d'abord à la droite du parti, il évolua vers la gauche, fit partie du Comité d'Olten et fut le premier membre du comité directeur du PSS à se prononcer en faveur de l'adhésion à la IIIe Internationale. Au terme du processus de fusion entre les «vieux-communistes» et l'aile gauche du PSS, qui donnera naissance au PCS unifié, il fut élu président du parti; fonction qu'il assuma jusqu'au tournant de 1929-1930, lorsque, sur intervention du Komintern, il fut écarté. Il fut élu en 1925 au Conseil national et y siégea jusqu'en août 1932 et de 1911 à 1934, il fut membre du Grand Conseil bâlois, d'abord comme socialiste puis comme communiste. Il semble également avoir fait office de représentant juridique de la première mission soviétique en Suisse (Berzine). Selon B. Studer: «Il mourût en 1934, en marge du parti auquel il reste fidèle malgré tout, bien que brisé intérieurement par le stalinisme et aussi à cause de l'attitude du parti envers lui et sa femme lors de la grève des locataires». Toutefois, on remarquera que la presse communiste de l'époque lui rendit un hommage appuyé après son décès prématuré et que 2000 personnes participèrent à ses obsèques.

WIESER Fritz (1890-1952) - Fils de pasteur, étudiant en philosophie à l'Université de Bâle, Fritz Wieser devint, en 1917, rédacteur du Vorwärts quotidien socialiste bâlois à l'époque, et fut un des partisans de l'adhésion à la IIIe Internationale, puis l'un des membres fondateurs du PCS, dont il est immédiatement l'un des principaux dirigeants bâlois et national, nommé rédacteur en chef du Basler Vorwärts. Il sera cependant victime du tournant stalinien sectaire de 1929/1930, sera démis de toutes ses fonctions, avant d'être exclu du PCS en 1931. Il se retira ensuite de la vie politique mais en continuant une activité de journaliste libre et en devenant un actif membre de l'Association bâloise des locataires, dont il devint président en 1937.

Notices biographiques établies par André Rauber, in Histoire du mouvement communiste suisse, Editions Slatkine, Genève 2000.